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EXTRAIT CHAPITRE 1

[...]

— Pour dix malheureuses pièces… objecta Arth, tu n’es vraiment qu’un sale radin, Cor !

— Tu m’avais dit que la fille se laisserait faire, gronda Cor en balançant à nouveau son poing.

Lequel ne rencontra que le vide ; Arth venait de plier les genoux.

— Je les ai méritées ces pièces ! cria-t-il en se relevant. Tu m’as payé pour organiser un rendez-vous. J’ai tenu promesse ! Ce n’est pas de ma faute si la fille n’a pas voulu t’embrasser.

— Elle m’a giflé !

Les autres apprenant par cet aveu l’humiliation subie par leur camarade étouffèrent des rires. Ce qui redoubla la colère de l’armoire à glace.

— Coincez-moi ce taré, espèces de trouillards ! ordonna Cor aux membres de sa bande.

Ceux-ci essayèrent vainement de crocheter l’ennemi. Arth était d’une agilité étonnante. Il se tordait en tous sens pour échapper à ses tourmenteurs.

Sotto d’Ugal, les mains posées sur le pommeau de sa selle, ne put s’empêcher de sourire en appréciant la maestria du garçon dans ce semblant de pugilat. Vêtu différemment des autres, Arth n’était pas un villageois ordinaire. Avec son étonnante veste de daim rouge sur un pantalon de cuir clair, il détonnait au milieu des campagnards, tous engoncés dans d’épaisses pèlerines de laine tombant sur des pantalons grossiers.

— Je vais te faire chanter un air bien à moi, Arth l’Artiste ! menaça l’amoureux bafoué en saisissant enfin l’épaule de sa victime.

La veste que portait Arth n’était pas boutonnée. Il s’en débarrassa d’un mouvement de bras et le rouquin se retrouva avec le vêtement vide dans la main.

— Cul-dea ! jura-t-il.

En entendant le blasphème à l’encontre de la déesse, les deux cavaliers aux allures sinistres tiquèrent. Sotto, lui, retint un rire. De toute évidence ces villageois n’avaient pas identifié ceux qui les regardaient. À leur décharge, la venue de maîtres de chant, grands prêtres de l’Astrale, était rarissime dans une province aussi reculée...